Chez Coffeeklatch

Extrait du magazine Toc Toc Toc #14

Novembre 2015

 

Ils sont jeunes, ultra créatifs, ont l’œil et le verbe aiguisés et une légère tendance à l’hyperactivité : Bart et Magali nous ont ouvert les portes de la grande maison qu’ils habitent dans une rue populaire du Nord d’Anvers, à l’occasion de la parution de leur tout premier livre, «Greenterior». 

Conversation à bâtons rompus autour d’un café  — évidemment — et au milieu des plantes.

 

 

 

Magali, Bart, comment vous êtes-vous rencontrés ?

Magali : Je cherchais un graphiste pour réaliser un livre dans le cadre de mon travail à l’université d’Anvers, et j’ai rencontré Bart ; mais plutôt qu’une collaboration professionnelle, c’est une relation sentimentale que nous avons entamée.

Bart : Et aujourd’hui finalement nous faisons un livre ensemble, donc la boucle est bouclée.

 

Comment en êtes-vous venus à travailler ensemble ?

Magali : Peu après notre rencontre, j’ai couvert pour un magazine de mode les collections des diplômés de l’Académie d’Anvers, et j’ai proposé à Bart de réaliser les photos. Notre travail a plu, et nous avons apprécié cette collaboration Bart et moi, donc nous avons eu envie de la poursuivre dans un nouveau format, juste pour nous, quelque chose de personnel. C’est ainsi que Coffeeklatch est né.

Bart : Autour d’un café ! C’est de là aussi que vient ce nom, car c’est comme cela que tout a commencé, et c’est exactement ce que nous proposons. Des conversations informelles, détendues et créatives autour d’un café.

 

Parlez-nous de Coffeeklatch.

Magali : Le blog est né il y a quatre ans maintenant. Nous avons commencé par présenter des amis belges issus de disciplines très différentes, et puis les suggestions successives nous ont menés à Londres, à Paris…

Bart : Coffeeklatch est aussi le nom de notre studio, officiellement lancé en 2014. Nous recevions beaucoup de demandes, mais nous voulions que le blog reste très indépendant, il nous fallait donc une plateforme différente. Ikea est l’un des premiers clients à être venus vers nous, notre collaboration dure depuis quatre ans. Aujourd’hui nous avons des activités qui vont de la direction artistique et de la photographie au conseil en communication et à la création d’identités, c’est du sur-mesure. Nous travaillons pour des agences de voyage, des journaux et des magazines, une grande entreprise de peintures…

 

Et votre tout premier livre vient de paraître aux éditions Luster.

Bart : Oui ! Nous venions d’entamer une colonne hebdomadaire consacrée aux plantes dans un grand quotidien national quand Marc, chez Luster, nous a proposé ce projet. Nous avons soumis un concept fidèle à l’esprit de Coffeeklatch : une réflexion autour de la manière dont les créatifs travaillent avec les plantes, et/ou s’entourent de plantes dans leur vie quotidienne. Nous avons rencontré 18 personnes, de Barcelone à New York en passant par Amsterdam, et le livre inclut aussi un index complet de toutes les plantes présentées sur les photos, des informations sur chaque espèce et des conseils d’entretien. Il faut que je précise ici que l’idée de faire ce livre est née il y a seulement quatre mois.

Magali : C’est complètement dingue ! Heureusement, l’équipe de Luster a été sensationnelle, très exigeante, mais pour le meilleur, et nous a vraiment épaulés. C’est au final une très chouette expérience — ok, on va peut-être attendre un peu avant de recommencer.

 

Vous travaillez en couple : parlez-nous de cette expérience.

Bart : Eh bien, il faut en voir les bons et les mauvais côtés. C’est exceptionnel d’être à notre propre compte. Il faut dire que j’ai une manière d’envisager le travail un peu particulière : j’en fais beaucoup, mais j’aime le faire à ma façon. Ici on reste dans du slow working malgré tout : je sors marcher si j’en ai besoin, je ne suis pas coincé derrière un bureau. Les indépendants qui travaillent pour nous sont également libres d’organiser leur temps, de travailler où et comme ils le souhaitent. J’y tiens beaucoup. Et puis nous recevons beaucoup d’appréciations positives aujourd’hui, c’est important de nous sentir reconnus pour ce que nous faisons. L’aspect plus difficile, c’est que nous faisons tout nous-mêmes, ou presque. La comptabilité, la facturation, la paperasse administrative… c’est lourd parfois de gérer cela aussi. 

Magali : Et surtout ça ne s’arrête jamais. C’est le premier dimanche depuis des mois que nous passons sans travailler !

Bart : Tout est affaire d’équilibre, mais il est franchement dur à trouver. C’est à double tranchant, mais si on le sait et avec le temps, je veux croire qu’on va y arriver.

Magali : Tout ce qu’on vit se transforme en travail, en fait. Nous échangeons des idées dès le réveil, et même quand nous voyageons désormais nous planifions des shootings professionnels… Ce n’est pas toujours facile de préserver des temps pour notre couple, des temps chacun pour soi, et pourtant c’est nécessaire. Tous les couples que nous connaissons et qui se trouvent dans la même situation professionnelle que nous rencontrent les mêmes problèmes, ce qui est quelque part rassurant.

 

Quand avez-vous acheté cette maison ?

Magali : Il y a quatre ans, juste après notre rencontre — oui, tout va très vite avec nous !

Bart : L’espace de vie sur trois étages et le jardin nous ont conquis, mais tout était à rénover… Nous avons cassé des murs et rehaussé un plafond, ôté des cheminées, essayé de mettre au jour les éléments d’origine que les occupants successifs avaient dénaturés, bref, tout cela a représenté aussi beaucoup de travail, et ce n’est pas terminé. Petit à petit, la maison s’est naturellement meublée d’objets acquis auprès des gens que nous avons rencontrés via Coffeeklatch — Bart et Pieter, nos amis architectes paysagistes, ont aménagé le jardin, cette chaise est signée Muller Van Severen, Ana Kraš a réalisé ce dessin, Piet Raemdonck ce tableau, etc. Chaque pièce nous est liée par une histoire, c’est quelque chose qui nous plaît.

 

Vous voyagez énormément. Pourriez-vous vivre ailleurs qu’à Anvers ?

Magali : Honnêtement, non ! Pour rien au monde nous ne déménagerions. Il y a ici une qualité de vie que je n’ai retrouvée nulle part. Se loger ne coûte pas cher, Londres et Paris sont accessibles en un rien de temps, il y a beaucoup d’espaces verts, on peut tout faire à vélo, et la ville est si calme. New York à côté, c’est l’enfer ! Je ne suis jamais aussi heureuse que lorsque je pose mes valises ici. Et j’aime notre quartier, c’est un quartier populaire, très vivant, cosmopolite et pas du tout prétentieux.

 

L’honnêteté, c’est aussi quelque chose qui caractérise Coffeeklatch ?

Magali : Oui, c’est très important pour nous. Il nous est déjà arrivé de ne pas publier un article parce que le déclic recherché n’avait pas eu lieu, parce que la personnalité qu’on nous mettait sous les yeux n’était pas authentique, parce que les pressions étaient trop fortes pour nous faire modifier les textes, pour décider des photos... Parfois le miracle se produit, parfois on est un peu déçus, mais dans tous les cas cela doit rester authentique. On ne veut pas vendre une image. On veut montrer des gens qui vivent de ce qu’ils font, des gens que la créativité transcende réellement ; on veut parler aussi des difficultés, des échecs, tu vois ? Certains ont fait faillite et nous racontent comment ils ont remonté la pente, d’autres ont craqué… 

Bart : On veut des histoires qui nous parlent de notre propre expérience, car elle n’a pas été toute rose. Au début on a pris des claques, Coffeeklatch a mis du temps à démarrer, je veux dire — on nous accusait de copier d’autres sites, les magazines nous utilisaient et nous piquaient nos idées… mais on a tenu bon et fait preuve de patience, et maintenant ils nous appellent pour nous proposer des collaborations.

 

En un mot, qu’est-ce que tout cela vous a apporté ?

Bart : Au fil de ces rencontres, c’est toute notre esthétique personnelle qui a changé. Et avant tout, Coffeeklatch nous donne un but, nous pousse à nous dépasser.

Magali : On a trouvé le rôle qui nous convient vraiment. Au fond, ce qui nous anime, c’est l’envie de coordonner les choses, de mettre les gens en relation — le plaisir d’imbriquer les pièces du puzzle.

 

Quand vous parvenez à arrêter de travailler, qu’aimez-vous faire ?

Magali : Une balade à vélo ou dans un jardin botanique. Ou bien je vais voir une expo, ou une galerie d’art.

Bart : En ce moment, je prépare « The All New Coffeeklatch » : en retombant sur d’anciennes photos et en réfléchissant aux problématiques liées au passage aux écrans très haute définition, nous avons eu envie de reprendre complètement le site, depuis les origines. Comment ça, c’est encore du travail ?

 

They are young, ultra creative, with a sharp eye and quick wit and a slight tendency toward hyperactivity: Bart and Magali welcomed us in their big house, in a popular street in the north of Antwerp, to talk about their first book «Greenterior». A casual conversation, naturally around a coffee and plants.

 

Magali, Bart, how did you meet?

Magali: I was looking for a graphic designer to make a book in the framework of my work at the university of Antwerp and I met Bart; but instead of a professional collaboration we began a romantic relationship. 

Bart: And today we finally are making a book together, so everything is wrapped up.

 

How did you come to work together?

Magali: Shortly after our meeting, I reported on graduates’ collections of the Antwerp Academy for a fashion magazine and I asked Bart to shoot the photos. Our work was well received and we both liked this collaboration so we wanted to keep it up in a new format, just for us, something more personal. It’s how Coffeeklatch was born.

Bart: Around a coffee! It’s also where the name comes from because it’s how everything started and it’s exactly what we offer: informal, relaxed and creative conversations over coffee.

 

Can you talk about Coffeeklatch?

Magali: The blog was born 4 years ago. We started by presenting Belgian friends from very different disciplines and then successive conversations led us to London and Paris…

Bart: Coffeeklatch is also the name of our studio, officially launched in 2014. We receive many demands but we also wanted the blog to stay independent so we needed a different platform. Ikea was one of the first customers that came to us; our collaboration has been going on for four years. Today we have activity from artistic direction and photography to consulting in communication and brand identity creation; it’s made to measure.  We work for travel agencies, newspapers, magazines and a big painting company…

And your very first book has been launched by Luster editions.

Bart: Yes! We had just started a weekly column dedicated to plants in an important national newspaper when Marc, from Luster, offered us this project. We proposed a concept faithful to the spirit of Coffeeklatch: a reflection on the way creative people work with plants and/or the way plants surround them in their daily life. We met 18 people, from Barcelona to New York to Amsterdam. The book also includes a complete index of all plants presented in the pictures, information on each species and care instructions. I have to point out that the idea of making this book only came about four months ago. 

Magali: It was completely crazy! Fortunately, the Luster team was fantastic, very demanding but always for the best and they really helped us. In the end it was a very nice experience – ok, we are probably going to wait a little bit before starting it over again. 

 

You are working together: let’s talk about that experience.

Bart: Well, it’s important to be aware of both the positive and negative aspects of things. It’s extraordinary to be self-employed. It must be said that I have a specific way to consider work: I overdo everything but I like to do it my way. Here, we are still slow-acting despite everything: I’m going out for a walk if I need to and I am not stuck behind a desk. Freelancers working for us are also free to organise their time, to work wherever and however they want. I care about that. We receive many positive assessments now, it’s important to feel that we are known for what we do. The most difficult aspect is that we do almost everything by ourselves. Accounting, invoicing and administrative paperwork… It can be very complicated to deal with sometimes.

Magali: And mostly it never stops. This is the first Sunday in months that we’re not working!

Bart: It’s all about balance but honestly it can be tough to find. It’s a double-edged sword but if we can learn it over time, I want to believe that we’ll make it. 

 

Magali: Anything we live turns into work. We exchange ideas from the moment we wake up and even when we are on a trip, we now plan professional shootings… It’s not always easy to make time for moments as a couple, time for each other, and yet it’s necessary. Every couple that we know who are in the same professional situation encounter the same issues, which is somehow comforting. 

When did you buy this house?

Magali: Four years ago, just after we met – yes, everything is rushed with us!

Bart: The living space on three floors and the garden won us over but everything had to be renovated… We broke down the walls and we raised the ceiling, we removed some fireplaces and tried to bring to light the original elements, which were impaired by the previous occupants. Everything represented a lot of work and it’s not done yet. Little by little, we naturally decorated the house with objects from the people we met through Coffeeklatch – Bart and Pieter, our landscape architect friends, arranged the garden. This chair is from Muller Van Severen, Ana Kras made this drawing and Piet Raemdonck did this painting, etc. Each piece is linked to a story; it’s something that we appreciate. 

 

You travel a lot. Would you be able to live somewhere other than Antwerp?

Magali: Honestly, no! We wouldn’t move out for the world! Here there is a quality of life that I have never experienced anywhere else. Finding accommodation is not expensive, London and Paris are very close by, there are many parks, we can do everything by bike and the city is quiet. New York is a hell compared to it! I am never as happy as when I drop my luggage here. I like our neighbourhood; it’s popular, full of life, cosmopolitan and not at all snobby.

 

Is honesty also something that is typical of Coffeeklatch?

Magali: Yes, it’s very important for us.  There have been articles that we have not published because they didn’t click the way were expecting, because the personality we had in front of us was not genuine, because the pressure was too strong to make us change our text and to choose the pictures… Sometimes a miracle occurs, other times we are a bit disappointed but in every instance it has to be real. We don’t want to sell an image. We want to show people who live from what they do, people who are truly transcended by creativity. We also want to talk about hardships and failure, you know? Some became bankrupt and tell us how they got back on their feet and others gave up…

Bart: We want stories that reflect our own experience because it has not always been perfect. At the beginning we had real shocks, Coffeeklatch took some time getting started... we were accused of copying other websites and some magazines were taking from our blog and stealing our ideas… but we kept going and showed patience and now the same publications are calling us to collaborate. 

 

In a word, how do you benefit from all this?

Bart: Over the course of these meetings it’s our personal aesthetics that have changed. And firstly, Coffeeklatch gives us a goal and encourages us to surpass ourselves. 

Magali: We found the role that is truly suitable for us. Deep down, what brings us to life is the desire to coordinate things and to see people together – the delight of fitting together all the pieces of the puzzle.

 

When you are able to stop working, what do you like to do?

Magali: A bike ride or a walk in a botanical garden. Otherwise I am going to an exhibition or an art gallery.

Bart: Right now, I prefer “The All New Coffeeklatch”: finding old pictures and thinking about the issues that come with the transition to a very high-resolution screen, we want to renew the website entirely. How about that? Or does it still count as work?

 

 

Coffeeklatch website

www.coffeeklatch.be

photos : Sophie Denux

textes : Anna Guin