Dans l'atelier de Marina Bautier

Reportage paru dans le Toc Toc Toc #12 publié en Décembre 2014

 

Simplicité, modernité et fonctionnalité résument le style de Marina Bautier, élue designer de l’année en Belgique. Rencontre dans son espace de travail, qui abrite un atelier, un studio de création,
un showroom et une salle de réception.

 

Peux-tu, Marina, nous raconter ton parcours ?
J’ai étudié le design de mobilier en Angleterre, à l’université Buckinghamshire Chilterns. Pendant 10 ans, tout en étant indépendante, j’ai collaboré avec différentes marques. J’ai présenté à plusieurs reprises des prototypes de mon travail au salon Satellite de Milan, et j’y ai rencontré des éditeurs comme Ligne Roset, Idée, Swedese et Case Furniture, qui se chargent de développer les produits, de les produire et de les vendre. 
En mai 2013 j’ai lancé ma propre marque, BAUTIER. Je m’occupe maintenant de tout, depuis la conception jusqu’à la vente dans mon magasin, situé au rez-de-chaussée de mon atelier. Je continue à collaborer avec des éditeurs, et notamment avec Idée ; je viens de terminer pour eux le prototype d’un canapé.

 

Comment en es-tu venue à t’intéresser au design de mobilier ?
J’ai toujours aimé bricoler, travailler le bois... J’ai entendu parler d’une année d’études préparatoires en art et design qui réunissait plusieurs domaines créatifs, comme le graphisme, le stylisme, le design et les arts plastiques. C’est à l’issue de cette formation que j’ai décidé de m’orienter vers le design.

 

Comment ton style s’est-il construit ?
Il s’est construit petit à petit ! Les cours d’ébénisterie étaient très réputés dans mon école, et j’avais accès à différents ateliers très pratiques, qui m’ont confirmée dans mon intérêt pour cette matière. Les collaborations avec les éditeurs ont également contribué à affiner mon style, les cahiers des charges du client amenant de nouvelles pistes de réflexion. 
Je réalise des projets très simples, sans être minimale pour autant. Quand je travaille sur un objet, j’essaie, s’agissant de sa production et de sa construction, de parvenir à l’essence même de l’objet, de réduire au nécessaire ce qu’il faut pour que l’objet fonctionne. Je mêle différents matériaux comme le bois, le métal et le garnissage textile. Je cherche les atouts de chacun d’eux. Mais c’est vrai que le bois, et principalement le chêne, définit mon style et plus je connais ce matériau, plus je suis intéressée par ses usages, et plus j’aime le travailler.

Comment est née ta ligne, BAUTIER ?
BAUTIER me permet de travailler avec une grande liberté, et d’avoir des projets plus spontanés. À chaque développement de projet, cela amène de nouvelles idées ; un élément que j’ai mis de côté peut devenir le point de départ d’un autre projet, et ainsi de suite. L’idée est de couvrir l’ensemble de la maison. Je vends dans mon magasin exclusivement, je n’ai pas de revendeurs, et je ne fais quasiment pas de salons. J’ai envie de développer ma collection à long terme, de m’autoriser une évolution constante, sans calendrier fixe.
Pour le lancement, c’est différent ; j’ai réalisé simultanément plusieurs produits, car je voulais que l’on comprenne la démarche, que c’était tout l’univers de la maison que je souhaitais penser et proposer, et je n’ai pas voulu mettre l’accent sur un ou deux produits seulement.

 

Lorsque tu dessines un objet ou un meuble, quel est le point de départ ? As-tu l’impression de dessiner des collections pour tes besoins personnels ?
D’un projet à l’autre, plusieurs points de départ se rencontrent. Ils sont souvent liés à un usage que je recherche pour moi-même, bien que toutes mes créations ne figurent pas dans ma maison. Quand je développe un meuble, vient une étape où je vais avoir besoin de «l’évaluer», et donc je me demande si, moi, je l’utiliserais. Parfois aussi j’ai envie de développer la pratique et une technique, de combiner des matériaux.

 

Penses-tu que ton style puisse être assimilé au style belge ?
Je ne sais pas vraiment définir le style belge, mais quand je pense à d’autres designers, je n’ai pas l’impression de faire partie d’une mouvance similaire. Mes études en Angleterre ont beaucoup influencé ma démarche de travail, dans son aspect pratique et fonctionnel notamment. C’est par la suite que j’ai appris à faire du beau, du‘‘stylistique’’. Mes inspirations me nourrissent en permanence. J’observe les meubles vintage, qu’ils soient anglais, scandinaves ou hollandais. Je ne me sens pas rattachée à tel ou tel courant.

 

As-tu connu un moment fort dans ta carrière ? 
Oui, le dernier salon Satellite, où j’ai rencontré mes futurs éditeurs, a constitué un grand tournant pour ma carrière. La chaise Cruiser a été le premier projet que j’ai mené avec un éditeur-fabricant, Swedese. Je me suis rendue dans l’atelier de l’entreprise pour suivre l’évolution de la fabrication du produit. Cela m’a fait découvrir quelque chose que je ne connaissais pas. C’est à la suite de cette expérience que m’est venue l’idée de développer ma propre collection, car le directeur de l’entreprise m’a offert un livre sur la société et son fondateur, qui s’est toujours occupé de la conception, de la production, de la vente et du catalogue, ce côté global m’a plu. Et je reproduis cette démarche. 

 

Quels sont tes projets ?
Je viens de terminer un canapé, je suis ravie de cette troisième collaboration avec Idée. Je travaille maintenant à ma prochaine collection pour BAUTIER, qui comprendra notamment une table et une chaise; je veux produire à mon rythme, sans m’imposer de délais fixes, et suivre mes inspirations avant tout. 

 

 

Simplicity, modernity and functionality sum up the style of Marina Bautier, who has been nominated Belgian designer of the year. 

 We met in her workspace that houses a workshop, a design studio, a showroom and a reception room.

 

Marina, can you tell us about your career ?
I studied furniture design in England, at the Buckinghamshire Chilterns University. During 10 years, I collaborated with different brands while remaining independent. I presented prototypes of my work several times at the Satellite show in Milan. I met publishers like Ligne Roset, Idée, Swedese and Case Furniture. They deal with product development, production and sales. 

In May 2013 I launched my own brand BAUTIER. Now I’m in charge of everything, from the conception to the sales in my shop which is situated on the ground floor of my workshop. I’m still collaborating with publishers, especially with Idée for whom I’ve just finished a sofa prototype. 

 

How did you first become interested in furniture design ?
I’ve always done some home improvement with wood. I heard about one year of preparatory study in Art and Design that brings together several fields like handwriting, fine arts and design. It’s how I decided to shift towards design.

 

How did your style shape itself ?
It shaped little by little. I’ve always liked wood; cabinetwork classes were very renowned in my school. I had access to different useful workshops that contributed to my interest for this material. 
The collaborations with publishers also refined my style with customer’s specifications. I’m making very simple projects without being minimalist. When I’m working on an object, I want to reach, on a production and construction level, the essence of it and to reduce if necessary what I do to make the object work. I’m mixing several materials like the wood, the metal and the textile packing. I’m looking for the assets of each of them. But it’s true that the wood and mainly the oak-tree defines my style. The better I know this material the more I’m interested in working with it.

 

 

 

How was your BAUTIER line created?
My BAUTIER line allows me to work with great freedom and to have more spontaneous projects. Each project development brings new ideas. Something that I put aside can be a starting point for something else. The idea is to cover the whole home.
I’m selling only at my shop, I don’t have resellers and I’m going to almost no exhibitions. My idea is to develop my long-term collection with a constant evolution without a fixed timetable.
For the launching it’s different because I’ve made several different products. I wanted people to understand the process and that it was the whole home universe. So I didn’t want to emphasis on one or two products.

 

What is the basis to draw an object or a piece of furniture? Do you have the feeling of drawing collections for your own needs?
There are several bases from a project to another one. Often it’s linked to a function that I’m looking for even if my creations are not in my home. When I’m developing furniture, at some point I need to evaluate it and ask myself if I would use it. Sometimes I want to develop the experience and the technique, combining materials. 

 

Do you think you are assimilated to the Belgium style?
I don’t really know how to define the Belgium style but compare to other designers, I don’t have the impression that we have the same sphere of influence. My studies in England have influenced a lot my work process, both the experience and the functional aspect. I’ve learned to make something beautiful and stylistic after my studies. I’m always feeding on my inspiration. I observe vintage, English, Scandinavian and Dutch furniture. I don’t feel I belong to any one wave. 

 

Have you experienced an epic event in your career?
A huge turning point of my career was the last Satellite show where I met my future publishers. The Cruiser chair was my first project with a manufacturer-publisher, Swedese. I went to the workshop of the company to follow the evolution of the product. I discovered something that I didn’t know. That experience gave me the initial ideas to develop my own brand. On site, the CEO gave me a book on the company founder who always took care of the conception, the production, the sales and the catalogue. This global side seduced me. And I’m imitating this process.

 

What are your plans?
I just finished a sofa for Idée, I spoke just now. I am working on my next collection, which will include a table and chair. I want to submit every two years a collection.

 

Chaque dernier vendredi du mois, Marina organise, à l’étage de son magasin, un déjeuner qu’elle cuisine sur place. 

Des menus simples et variés, qu’elle concocte en fonction des produits de saison et en suivant son inspiration.

Une façon agréable et conviviale d’attirer de futurs clients au showroom et de leur montrer ses nouveaux produits. 

Et l’occasion de se régaler !

Pour réserver : vendredi@maison-ma.com

 

Marina Bautier website

http://www.marinabautier.com/

BAUTIER website

http://www.bautier.com/

photos et textes : Sophie Denux

 

Toc Toc Toc #12sophie denux