Stephanie Giribone — La Famille Marrakech —

Extrait du magazine Toc Toc Toc Vol.17 Décembre 2017

Stéphanie Giribone est aux commandes de La Famille, un restaurant-cantine et véritable havre de paix niché dans la médina de Marrakech.

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Stéphanie, quel est ton parcours ?
J’ai arrêté très tôt mes études pour travailler avec ma mère, qui a fondé la marque Honoré, à Marseille. A l’époque, nous faisions des vêtements pour enfants ; je suis devenue responsable de sa deuxième boutique, implantée à Paris. Malheureusement, nous n’étions pas dans une rue très passante et les clients se faisaient rares. Pour m’occuper, j’ai commencé à créer des petits bijoux. 
Finalement, nous avons quitté ce local pour nous installer dans un quartier un peu plus vivant et, au fond de la boutique, j’ai ouvert un petit restaurant, « La cantine d’Honoré », car j’ai toujours été attirée par la nourriture et l’ambiance qui règne autour d’un repas. 

Stephanie, what is your background? 
I stopped very early my studies and I worked with my mother, the founder of Honoré brand, in Marseille. At the time, we made children’s clothes. I became the manager for her second store in Paris. Unfortunately, we were not in a busy street and customers were scarce. To pass time, I started creating small jewels.
Finally, we left this place to settle in a neighborhood a little more alive, and at the bottom of the shop, I opened a small restaurant «La cantine d’Honoré» because I was always attracted to food and the atmosphere of gathering.

As-tu continué la création de bijoux ?
Oui, car la vente des bijoux me rapportait plus que la restauration ! Je me suis donc investie à ce moment là dans ma ligne de bijoux : Stephanie Jewels. 
Je suis venue pour la première fois à Marrakech en 2002, pour la production. Nous étions très peu, à l’époque, à fabriquer des bijoux en fils d’or. Ce fut une expérience enrichissante. Mais je m’en suis lassée, parce qu’on en voyait de plus en plus dans les boutiques parisiennes. Malheureusement, je n’avais pas les moyens financiers de me lancer pour me réinventer en France. 

Did you continue creating jewelry?
Yes because the sale of jewels brought me more than the restaurant (laughs). So I invested myself in my line of jewelry — Stephanie Jewels.
I first came to Marrakech in 2002 for jewelry production. We were very few at the time to make jewels in gold thread. It was a rewarding experience. But I got tired of it because we saw more and more in Parisian shops. Unfortunately, I did not have the financial means to launch myself to reinvent myself in France.

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Tu as donc décidé de te réinventer à Marrakech.
Oui, j’ai entamé une autre histoire au Maroc. Je venais très fréquemment ici à Marrakech pour la production de mes bijoux, c’est un endroit que j’aimais beaucoup, et où un nouveau départ me semblait possible. Des amies françaises qui venaient me rendre visite s’amusaient souvent à me dire que ce serait génial d’ouvrir un petit restaurant local. 
Je vivais dans la médina, la partie ancienne de la ville, et j’ai commencé à chercher un espace où ouvrir un restaurant-cantine. Je l’ai trouvé très rapidement. Jamais je n’aurai imaginé qu’un lieu pareil pouvait exister à quelques mètres de chez moi. Tu ne sais jamais ce qui se cache derrière une porte ici ! C’était un petit lieu de vie, où les gens se retrouvaient autour d’un café et où ils faisaient aussi réparer leurs mobylettes. Il y avait une partie abritée — où se trouvent aujourd’hui une partie de la cuisine et le coin boutique — et puis cet incroyable jardin arboré. Zef, mon compagnon, a totalement imaginé et réaménagé l’espace. 

And so you decided to reinvent yourself in Marrakech.
Yes, I left on another story in Morocco. I came here very often for the production of my jewels and it is a place that I liked very much and where a new beginning seemed to me possible. My friends from France who came to visit me, often had fun telling me that it would be great to open a small restaurant here.
I lived in the medina (the old part of the city) and I started looking for a place to open a restaurant-canteen. I found it very quickly. I never imagined that such a place could exist a few meters from home. You never know what’s behind a door here. It was a small place where people would gather around a café and have their mopeds repaired. There was a sheltered part — where today is a part of the kitchen and the shop corner — and this incredible garden. Zef, my partner, has totally imagined and redeveloped the space. 

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Comment se lance-t-on dans la restauration du jour au lendemain ?
Je n’étais pas du tout une grande cuisinière ! Ma mère a toujours beaucoup cuisiné, c’est plutôt un héritage familial. Elle ouvrait son frigidaire et elle trouvait toujours des idées pour élaborer le menu. Aujourd’hui, j’associe comme elle le sucré-salé et je me sers de sa recette de pâte sablée pour confectionner les tartes au restaurant.
Tous les jours, le menu change. Il y a trois choix : la salade du jour — où j’associe une céréale avec des légumes, des fruits et secs et plein d’herbes fraîches ; un plat de pâtes, car j’adore ça ; et une salade accompagnée d’une pizzetta. Avant la fermeture du restaurant, je prépare le menu pour le lendemain. Tous les produits frais sont achetés chaque matin au marché du Mellah, à proximité du restaurant.
J’ai choisi de proposer des plats végétariens, car la cuisine est ouverte et je ne voulais pas d’odeurs fortes de grillades ou de fritures. Finalement, les clients apprécient de pouvoir manger autre chose qu’un tajine, par exemple, et de croquer dans des légumes frais.

How do you get started in overnight catering?
I was not a great cook at all! My mother has always cooked a lot, it’s more a family heritage. She opened her fridge and she always found ideas for the menu. Today, I associate with her the sweet-salty and I use her shortbread recipe to make pies at the restaurant.
Every day, the menu changes. There are three choices: the salad of the day — where I combine a cereal with vegetables, fresh and dried fruits, and full of fresh herbs — a pasta dish because I love it and a salad with a pizzetta. Before closing the restaurant, I prepare the menu for the next day. Every morning, all fresh produces are purchased at the Mellah Market, not far from the restaurant.
I chose to serve vegetarian dishes because the kitchen is open and I did not want strong smells of grills or fries. Finally, customers appreciate being able to eat something other than a tagine for example and to eat fresh vegetables.

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Salade mangue-avocat

Pour 1 personne :

100 g de graines d’orge ou de couscous
100 g of barley or couscous seeds
1 avocat 1 avocado
1/2 mangue 1/2 mango
des graines de courge squash seeds
du fromage frais cream cheese
des feuilles de menthe mint leaves
1/2 citron confit 1/2 preserved lemon

Pour l’assaisonnement dressing

1/2 c. à soupe de miel 1/2 tbsp honey
1 c. à soupe de jus de citron 1 tbsp lemon juice
1 c. à soupe de menthe fraîche ciselée
1 tbsp chopped mint leaves
2 c. à soupe d’huile d’olive 2 tbsp olive oil
sel salt

Préparer l’assaisonnement : mélanger le jus de citron, le miel, la menthe et l’huile d’olive. Saler.
Dans un saladier, bien mélanger les graines d’orge ou de couscous avec 1 c. à soupe d’huile d’olive, le sel et 60 ml. d’eau chaude. Laisser gonfler 10 min. Mélanger. Ajouter 60 ml. d’eau chaude et laisser gonfler à nouveau. Laisser refroidir.
éplucher l’avocat et la mangue, les couper en tranches fines.
Disposer dans l’assiette les graines, les morceaux d’avocat, de mangue, les graines de courge, le 1/2 citron confit coupé très fin et la menthe ciselée.
Arroser d’assaisonnement.

Prepare the dressing: Mix the lemon juice, honey, mint and olive oil. Add some salt.
In a salad bowl, mix the barley or couscous seeds with 1 tbsp. olive oil, salt and 60 ml. hot water. Allow to swell for 10 min. Mix. Add 60 ml. hot water and let it swell again. Let then cool.
Peel avocado and mango, cut into small slices.
Arrange on the plate the barley or couscous seeds, the pieces of avocado, mango, squash seeds, the 1/2 preserved lemon very finely cut and mint chiseled.
Sprinkle with the dressing.

On se sent particulièrement bien dans ton restaurant. Tout y est : la fraîcheur des produits, le calme, du jazz en fond sonore, l’odeur de la fleur d’oranger...
Les clients me font souvent des compliments. Je pense que je propose une bonne association de goûts et de saveurs, le lieu est beau, et je suis la seule à proposer ce genre de nourriture dans la médina.  De manière globale, la nourriture aujourd’hui tient une place importante dans la vie des gens. 
J’essaie de faire attention aux petits détails : que l’ensemble soit harmonieux, que la petite serviette soit jolie, qu’il y ait toujours des fleurs sur les tables... 
C’est l’ancienne nounou de mon fils qui cuisine, nous sommes vraiment une équipe de filles, excepté Zef. Dès l’ouverture, il y a eu énormément de monde, je n’en revenais pas, moi qui n’avais pas eu de chance avec mes anciens emplacements à Paris... Je pense que le bouche-à-oreille a bien fonctionné, et les réseaux sociaux aussi.

We feel particularly good in your restaurant, everything is there, the freshness of the products, the quiet, jazz in the background, the smell of the orange blossom...
The customers often give me compliments, I think that I propose a good association of taste, the place is beautiful, and I am the only one to propose this kind of food in the medina. Overall, food today holds an important place in people’s lives.
I try to pay attention to the small details, that the whole is harmonious, that the little towel is pretty, that there are always flowers on the tables...
This is my son’s former nanny who cooks, it’s really a girls’ team, apart from Zef. From the opening of the restaurant, there were people, I could not believe it, I had not chance with my old locations in Paris... I think that word of mouth worked well and social medias too.

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On peut acheter tes bijoux dans la petite boutique attenante au restaurant. Tu trouves donc encore du temps pour créer ?
En ouvrant le restaurant, je comptais arrêter cette activité. Mais il me restait du stock, et j’avais envie de proposer quelques objets que j’aime à la vente, dans un petit corner. J’ai donc exposé mes bijoux, et certains clients reconnaissaient ma marque, car j’étais plutôt bien distribuée dans les boutiques parisiennes. J’ai ainsi recommencé à en vendre. 

We can buy your jewelry in a corner of your restaurant. Do you still find time to create?
When I opened the restaurant, I planned to stop. But I had stock left and I wanted to offer some items that I like for sale in a small corner. So I exposed my jewelry and some customers recognized my brand because I was well distributed in the shops in Paris. So I started selling again.

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Tu sembles t’être épanouie ici. Dans ta vie quotidienne, quel est l’aspect que tu préfères ?
Je suis passée de 10 années à vivre ici avec mon compagnon et nos enfants, sans contact particulier, en fabriquant mes bijoux, à recevoir plus de 50 personnes par jour au restaurant. C’est un autre mode de vie, et une très belle expérience.
Je ne vis plus dans la médina. C’est très dépaysant mais j’avais besoin de voir un bout d’horizon, car finalement, dans la médina, tu as toujours vue sur un mur. Nous habitons cette petite maison à la campagne, au cœur d’un petit bled, pas très loin de Marrakech. Le lundi, jour de fermeture du restaurant, j’aime me promener à travers les palmiers, les champs de menthe et les cactus. Cela me permet de me rendre compte de la chance que j’ai, car j’en ai moins l’occasion quand je suis prise dans le tourbillon du reste de la semaine, entre le restaurant et les enfants.
Et puis, il y a une bonne énergie à Marrakech. Si tu proposes un projet sympathique, ça marche ! Les marocains sont créatifs, l’artisanat est très présent et ne se démode pas. Et, comme tout le monde le dit si bien : ici, tout est possible ! Et ça, ça change la vie !

You seem to have blossomed here, what do you prefer the most in your daily life?
I went from living for 10 years with my husband and children without any outside contact, and just making some jewelry, to receiving 50 people a day in my restaurant. It’s another way of life and a great experience.
I no longer live in the medina. It is very exotic but I needed to see a piece of horizon, because finally, in the medina, you always have a view on a wall. We live in this small house in the countryside, not far from Marrakech. I like to walk on Mondays (it’s the closing day of the restaurant) through palm trees, mint fields and cacti. It allows me to realize the luck that I have because I have less opportunity when I am caught in the whirlwind of the rest of the week between the restaurant and children.
And then, there is good energy in Marrakech, if you do something nice, it works! Moroccans are creative, the craft is very present and does not go out of fashion. And as everyone says so well: here everything is possible! And that changes your life!

 
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La Famille

42 riad Zitoun Djid—Marrakech Medina
tel—05243-85295